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massage et système nerveux

Un corps qui s’allonge sur la table. Une respiration encore un peu haute, dans la poitrine. Et puis, au fil des minutes, quelque chose qui se dépose. Le souffle qui descend. Les épaules qui lâchent. Ce moment-là, je le vois à chaque séance. Je le sens sous mes mains. Mais pendant longtemps, je n’avais pas les mots précis pour expliquer pourquoi il se produit.

J’ai trouvé une partie de ces réponses en écoutant Pauline Lemaire, fondatrice de l’école PoZen Massages Formations, dans son podcast L’Art du Massage (épisode 77, « Le système nerveux et le massage »). Elle y détaille, références scientifiques à l’appui, ce qui se joue réellement dans le corps et le cerveau quand on est touché avec intention. Je voulais partager ici ce que j’en retiens, et surtout, ce que ça change dans ma pratique.

Deux systèmes, un seul corps

Schéma du nerf vague : régulation du rythme cardiaque par le système nerveux autonome, entre système parasympathique et sympathique

Notre système nerveux autonome fonctionne comme un chef d’orchestre silencieux. Il se divise en deux grandes branches. La première, le système sympathique, c’est le mode alerte : combat ou fuite. Il accélère le cœur, contracte les muscles, libère cortisol et adrénaline. Utile face au danger, mais épuisant s’il reste activé en continu.

La seconde, le système parasympathique, c’est le mode repos et régénération. Le cœur ralentit, la digestion reprend, les muscles se relâchent. C’est dans cet état que le corps répare et que l’esprit se clarifie. Et c’est précisément cet état que le massage sait activer.

Pauline Lemaire cite une méta-analyse de 2024, portant sur 56 études, qui confirme une baisse significative du cortisol après une séance de massage — de l’ordre de 31 % en moyenne. La sérotonine et la dopamine, elles, augmentent d’environ 28 à 31 %. Des effets mesurables dès la première séance, et qui se renforcent avec la régularité des soins.

La théorie polyvagale : nos mains parlent au nerf vague

C’est ici que la compréhension devient, je trouve, la plus belle. La théorie polyvagale, développée par le neuroscientifique Stephen Porges, s’appuie sur le nerf vague — le nerf le plus long du corps, qui relie le cerveau au cœur, aux poumons, à l’intestin.

Ce nerf a deux branches. La branche ventrale correspond à l’état de sécurité et de connexion : c’est elle qui permet l’engagement social, la présence, la capacité à se régénérer. La branche dorsale, elle, correspond à l’état de figement — un mécanisme de survie ancien, qui s’installe quand la menace est perçue comme trop intense pour être combattue ou fuie.

Un contact doux, respectueux et présent — ce qu’on cherche à offrir dans chaque séance — vient stimuler la branche ventrale du nerf vague. Il envoie au système nerveux un signal de sécurité, qui permet au corps de sortir des états défensifs pour entrer dans la connexion et la récupération.

Pour approfondir ce sujet, Pauline recommande le livre de Deb Dana, thérapeute ayant travaillé avec Stephen Porges : Ancré, comment vous lier d’amitié avec votre système nerveux grâce à la théorie polyvagale (Éditions Quantum Way, préface de Stephen Porges). Un ouvrage accessible qui traduit la théorie en outils concrets.

La chimie du toucher

Au-delà du cortisol qui chute, le massage déclenche une véritable cascade hormonale : la sérotonine, qui stabilise l’humeur et le sommeil ; la dopamine, qui redonne de l’élan et de l’énergie ; et l’ocytocine, l’hormone du lien, produite pendant tout contact affectif sécurisant. Elle génère un sentiment de confiance et agit aussi comme un antidouleur naturel.

Ce cocktail hormonal continue d’agir pendant des heures après la séance — et s’accumule avec la régularité des soins.

Le corps garde la mémoire

Pauline évoque aussi les travaux du docteur Bessel van der Kolk, psychiatre spécialiste du stress post-traumatique, dans son livre Le Corps n’oublie rien (Albin Michel). Son constat : le traumatisme ne reste pas seulement un souvenir mental, il s’imprime dans les tensions musculaires et les réponses nerveuses. Une guérison durable, explique-t-il, passe aussi par le corps — pas seulement par la parole.

Le massage n’est pas une psychothérapie. Mais donné avec présence, écoute et intention, il peut offrir cette expérience corporelle de sécurité qui, peu à peu, réécrit des patterns nerveux figés dans la peur.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le massage californien, l’un des massages que je pratique le plus souvent, est né dans cet esprit-là. Il a été développé dans les années 70 à l’institut Esalen, en Californie, un lieu pensé pour accompagner la reconnexion entre le corps et l’esprit dans le cadre de l’accompagnement psychologique. Son geste doux, rond et lent avait déjà pour vocation de réconcilier le receveur avec son corps — bien avant que la science ne vienne, des décennies plus tard, en expliquer les mécanismes.

Ce que le massage fait concrètement au système nerveux : vos questions

Comment le massage agit-il sur le système nerveux ?

Le toucher intentionnel envoie au cerveau, via des millions de mécanorécepteurs situés dans la peau, un signal de sécurité. Ce signal fait basculer le système nerveux du mode alerte (sympathique) vers le mode repos et régénération (parasympathique), ce qui abaisse le cortisol et augmente sérotonine, dopamine et ocytocine.

Qu’est-ce que la théorie polyvagale, en lien avec le massage ?

Développée par le neuroscientifique Stephen Porges, elle explique comment le nerf vague, via sa branche ventrale, détecte les signaux de sécurité et permet au corps de sortir des états de stress ou de figement pour entrer dans la connexion et la récupération. Un massage donné avec douceur et présence stimule directement cette branche.

Le massage peut-il aider en cas de stress chronique ?

Un massage régulier, donné dans un cadre sécurisant, aide le système nerveux à sortir d’un état d’alerte prolongé. Ce n’est pas une psychothérapie, mais une expérience corporelle de sécurité qui, avec la répétition, participe à apaiser durablement les tensions liées au stress. Pour instaurer cette régularité, un forfait de plusieurs séances peut être une option intéressante.

Ce que ça change dans ma pratique

C’est exactement ce qui guide ma posture à chaque séance : proposer un espace sécuritaire pour apaiser le système nerveux. Avant la technique, avant l’enchaînement des gestes, ce qui compte d’abord, c’est que votre système nerveux se sente en sécurité. La qualité de l’accueil, la douceur du premier contact, le respect de votre rythme et de votre consentement à chaque étape — tout ça compte autant que le geste lui-même.

Et cette sécurité passe aussi par moi. Mon propre état nerveux fait partie du soin. Un système nerveux calme parle à un autre système nerveux : c’est ce qu’on appelle la corégulation.

Faites corps avec vos changements.

Envie de ressentir tout ça par vous-même ? Je vous accueille dans mon cabinet de Talensac, à l’ouest de Rennes. Réservez votre séance ici.

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